mercredi 6 janvier 2010

un chapeau et des gants blancs pour la messe



Tu me mets un chapeau et des gants blancs pour la messe, et on ne petit déjeune pas, alors que je n'ai même pas fait ma première communion, c'est trop injuste, c'est une histoire de pureté, c'est pourquoi passer ensuite chez la pâtissière et acheter des têtes de nègres est si important. Tu racontes bien et souvent l'histoire des boches qui ont enfermés tous les gens, et les femmes, et les enfants d'un village dans une église et qui y ont mis feu. C'est pour cette raison qu'il ne faut pas avoir d'amis allemands, dis tu devant ma mère, qui en as. Tu parles de moi, elle est maligne, elle ira loin.
Dans ton appartement sombre du 16 eme, il n'y a que ce quattier de respectable à Paris, tu fais venir une modiste pour essayer tes prochaines parures. Tu papotes avec tes copines pendant l’essayage. C'est formidables ces nouveaux tissus modernes qui ne se repassent pas, tu es des robes colorées en polyester brillant, des fourrures, des manchons en fourrures, un manteau noir d'astracan qui donne un coté imposant à ton mètre cinquante cinq.
Tu n'as aucun sens de la nuance
Tu as une tête d'arabe, ou de juive. C'est ce qu'on a dit dans un train pendant ta deuxième guerre.
Tu viens de l'auvergne et du Berry.
Tu fais tourner les tables, tu sais qu'il y a des esprits, des fantômes. C'est comme ça.
Ton mari prend sa retraite de colonel, tu as moins d'argent alors tu fais le ménage toi même, on peut tout réussir quand on est intelligent. Des six heures du matin, dans ton tablier bleu et fleuri en matière synthétique, tu passes les escaliers des deux étages à l'eau de Javel, c'est important de tuer les microbes avec une arme massive, on ne les voit pas mais la saleté, même invisible, c'est dangereux. Tu es à l'avant garde de l'hygiène depuis toujours, ton père est le médecin du canton. Tu essores la serpillère dans le sceaux de plastique orange avec joie. Attaques le perron. Tu fais la vaisselle à toute vitesse et il reste parfois des morceaux de nourriture collés aux assiettes de Gien. Tu fais toujours des repas bourgeois, entrée plat un, salade, fromage et dessert, des fois des framboises que je cueille dans le jardin. Peu de vin. Ton marri moud son café à la main pendant des heures. Peu de chocolat.
Car ton foie, aie, ton foie, ta malédiction, c'est de famille. Celui qui te donne la peau jaune, les cernes, tu as le foie si fragile. Tu aimes les chocolats belges de Léonidas, fourrés épais, c'est les meilleurs, les belges y savent y faire, tu en offres à tous tes petites enfants à Noel. Le foie c'est ton autre religion, le culte des privations. Pas d'alcool, d'ailleurs il n'y a qu’à voir mademoiselle Lemonnier, elle ment, elle dit qu'elle ne boit parsi. Le foie c'est la colère, toujours, le feu de la colère.
Tu te laves toujours habillée en chemise de nuit, même après avoir fait installé la baignoire rose pâle dans ta salle de bain d'oiseaux. Parce que le bas du corps, c'est sale, c'est dégoutant. Il ne faut pas le regarder. Et dans tes histoires de foudroyés sous les arbres je ne sais jamais si le plus horrible c'est d'être touché par la foudre ou bien de mourir nu, les vêtements calcinés. Le corps c'est l'effroi. Tu as une culotte, un soutien gorge qui ne dois pas soutenir grand chose, une combinaison dans ces nouveaux tissus moderne qui sont formidables car plus besoin de repasser mais qui garde l'odeur de la transpiration, une robe, un chandail, un paletot, un collier, des bracelets, des bague, des broches et dans le temps c'était mieux. Sauf question ménagère et tissus.
Tu lis minute et tu es très déçue par de gaulle.
Tu casses un sucre et donnes un bout à ton chien à la fin du repas en disant que ce n'est qu'un petit bout, et c'est pas avec ça qu'il risque d'être aveugle. Repas que tu as passé à couper le pain et la parole, à critiquer, d'une voix définitive. Tout le monde se la ferme, ton mari est soi-disant sourd, mon père est lâche, ma mère veut se faire bien voir. Tu règnes définitive.
Tu vas voir tes gens. Ils sont bien braves. Ils t'arnaquent depuis des années et tu refais le toit de la ferme. Ils sont bien travailleurs. Tu maugrées en pensant aux rouges russes qui vont venir t'arracher ta terre, payée par ta grand mère mercière au marché de Briare. Tout ce qui est à l'est faut se méfier.
Au ravitaillement au marché, tu m’achètes une tapisserie aux gros trous, un dessin aux couleurs vive des fils de cotons brillants et une grosse aiguille. Tu portes des gros sacs de viandes, de légumes et des fruits, de poissons du haut de ta petite taille. Tu t'inquiétes au sujet du nom de Guyard qui va disparaitre à cause de ma mère qui ne met bas que des filles et de ton petit fils malade que du coup tu ignore. Ca te parait tellement injuste la disparition du nom de ton mari après tout le mal que tu te donnes pour nous tous.
Tu as une taille de pygmée et tu vois très grand.

Des boches et du carrelage rose pâle avec des oiseaux.


Quarante ans après tu dis: les boches, on ne peut jamais leur faire confiance, tu racontes des histoires des gens foudroyés retrouvés nus sous des arbres et se te laves habillée, tu fais mettre des carreaux roses pales avec des oiseaux dessiné en faïence dessus.
Tu es gentille. Tu vis dans la maison où ont vécus tes parents et tes grands parents. Dans ta chambre au premier tu a accouché des tes trois enfants. C'était terrible. Une horreur. Tu mets des petites assiettes de Gien dans des grandes pour manger du melon sous le grand tilleul de la cour.
Tu n'aimes pas Colette, une voisine d'à cote, c'est une créature, mot prononcé par une bouche déformée. Tu aimes la tombe du cimetière de Bléneau où reposent les os de ton père de ta mère qui est morte quand tu étais jeune, et vide des restes de ton beau grand frère moustachu Jacques. Sa peau, les boches l'ont eu à Verdun, fantassin ça ne laissait pas beaucoup de chance.
Tu es dragone. Tu m'adores, c'est normal, je suis toi. Même nez, mêmes cernes, mêmes cheveux prématurément blancs. Tu invites mademoiselle Lemonnier pour le thé, la vieille fille du village. Elle aussi, elle a des chiens, et des chats en plus. Ton épagneul Boy te suis partout et dort dans ton lit, à tes pieds. Tu demandes à la femme de ménages combien de bouteilles vides elle a trouvé cette semaine chez mademoiselle Lemonnier derrière les meubles et vous ricanez longtemps. Tu aimes inviter des gens, les recevoir, d'abord dans le salon cyan aux fauteuils crapauds avec son canard et son corbeau empaillés, puis on passe à la salle à manger, et après critiquer les gens, amis, famille, voisinage, tout y passe. Tu critiques même le curé, trop progressiste. Et les châtelains, la ramène trop. Et de Gaule à cause de l'Algérie qu'on aurait jamais du lâcher à ces sauvages.
L'important c'est la morale et la pureté, ils divorcent tu ne leur parlent plus. Tu clames souvent: pas de ça chez moi et tes lèvres se tortillent bizarrement. Sans même regarder tu pioches dans ton sec à main verni noir, tu extirpes un bâton de rouge dans son étui or et tu te fais les lèvres au pif, sans miroir, le vermillon déborde toujours une peu.
Tu es gigantesque.
à suivre

S'y abimer.

Plonger en sous-marin me rassemble. La plongée dans les grands fonds réunit le moine bouddhiste et le samouraï qui sont en moi. Il y a d'immenses moments d'inactions où les chaussettes moisies s'entassent pendant que les toilettes refluent, et des fulgurances ou le tip tip du sonar jaillit du néant et m'éclabousse de surprise, l'adrénaline inonde mes veines. Je suis paré.
Un bon sous marinier possède une connaissance profonde des abysses et des cris des cétacés. La première suppose une complicité topologique avec les cartographes de l'institut, la seconde d'utiliser régulièrement des cotons tige pour affuter son écoute. Chaque faille océane a sa tectonique, chaque baleine blanche émet un huhulement singulier.
Tout sous-marinier est un instinctif. S'immerger à une inclinaison de 24 degré dans l'effervescence d'une purge des ballasts exige que l'instinct remplace l'équilibre.
Tout sous-marinier est un rêveur. Qui ne sait se fondre dans le Golf Stream ne sera jamais qu'un porteur de pompon qui a perdu de l'altitude.S'immerger est un état d'esprit. Je suis en immersion à temps plein. Quand je dors je m'immerge,quand je mange ma soupe je m'immerge. J'incline la barre par réflexe. J'ai raclé les fonds du Pacifique et aussi ceux de l'Antartique. Je suis en immersion dans mon lavabo et aussi à la piscine. On me trouve toujours au fond de la pataugeoire. C'est affaire de tempérament.
Tout compte dans l'immersion d'un sous-marin. Un soir c'est le périscope. Le coucher de soleil est époustouflant, vous avez jeté un dernier cil dans le périscope avant de le faire descendre un poil trop tard, alors que le commandant venait de dire :-Paré à plonger, que le commandant en second en second disait :-Paré à plonger et que le chef mécano allait dire:- Paré à plonger, et le bout du périscope resté bloqué à l'extérieur explosera après sous la pression.
Le sous-marinier est un être qui cache son jeu, dont il faut apprendre à se méfier. Il y a quelques hommes dissimulés dans les failles des abysses prêts à appuyer sur quelques boutons rouge quand d'autres respirent l'air du large à plein poumons. Il faut le savoir.
Bien sur il y a eu de grands sous-mariniers avant moi, Capitaine Némo, Capitain Von Stein,Capitaine Musselet. Pour eux chaque plongée est unique. Il y a aussi des sous mariniers qui vous font ricaner. Le sous-marinier afgan qui n'a jamais vu la mer, le suisse. L'un patrouille dans le lac Léman,l'autre sous la mer de glace.
Parfois les éléments se déchainent. Mal vissé, le boulon est le pire ennemi. Je me souviens d'une immersion sous le Pôle Nord avec un boulon qui gouttait de plus en plus, ploc,ploc, ploc, soixante treize heures de mollets dans l'eau glacée, à moitié asphyxié, alors que les parois grinçaient fort, trois jours qui m'ont laissé le trouillomètre à zéro, capable de passer au dessus de la panique, incapable – ce qui est encore pire- d'avoir envie de remonter jusqu'à l'air libre.

lundi 4 janvier 2010

Plonger dans les amarantes ou surnager dans le son ?



dimanche 3 janvier 2010

L'impact de la scène par Simonon.


Avant le concert je déconne toujours. Je fais le con. Je remue dans tous les sens. Pour affronter le tunnel avant de jaillir dans la lumière. Sur scène je serais chez moi. Chez moi dans mes doigts dansant sur le manche de la basse, dans la foule bougeant en délire. Une nouvelle fois, à Paris ce soir, suis prêt pour le grand saut.
Plus pure sera la chute. Bien que je le surplombe des coulisses, tapi dans l’ombre, il semble démesuré, cet espace qui s’étend sous nous. Je boxe le vent de mes poings gantés. Toujours les mêmes gestes: le nez, se le toucher deux fois, le menton, se le frotter une fois, et cracher, et réajuster la lanière de l’instrument … Tout revérifier pour la centième fois. Palpitant à plus de 200 à l'heure. L’élan me prend, je fonce droit sans me retourner. Mon cœur s’enfuit devant moi. M’échappe de la gravitation terrestre. Fendant le silence d’un battement grinçant. Pesant une plume blanche et lâchant un son si lourd. De si haut, il m’avale, cet air glacé de solitudes épileptiques qui poggotent sous mes yeux. Dans le retour crachotant du son, je m’enfonce, nez rabattu, mes bras maigres se déploient brutalement en envergure immense. Devenu bombe. Entends tout et ne vois rien. Retomber jamais. Dépassée, l’onde du son. Sur l’air lourd, sur l’hostilité du public, sur ma rage, je pèse lourd. Et continue à décrocher des accords plus acérés pour percer plus encore la mélasse poussiéreuse de l’espace. Les cris tentent de dévier mes notes goudronnées. Flèche tendue, je m’accroche. Vibrante, la musique me porte comme ma mère. L’ange que je suis devenu. Je plane encore un micro instant. Mon souffle est court, je manque de me fracasser sur Joe.

vendredi 1 janvier 2010

Le cœur à plus de 200 à l'heure.

Plus pure sera la chute. De l’aplomb, tu n’en manques pas.
Bien que tu la surplombe encore dans l’ombre, elle semble si immense, la plage qui s’étend sous tes pieds.
Tu t’agites comme un culbuto, boxe le vent de tes poings gantés.
Dur défi immaculé.
L’instinct de l’oiseau est niché derrière ton plexus solaire.
Toujours les mêmes gestes: le nez se le toucher deux fois, le menton, se le frotter une fois, et cracher, et réajuster tes lunettes et tes fixations…
Les revérifier pour la centième fois. Le cœur à plus de 200 à l'heure.



Tu devras prendre d’élan et aller sans te retourner.
Tu t’enfuis dans deux rails.
Sans t'étaler.
T’échappe de la gravitation terrestre.
En pesant deux plumes blanches.
Omble chevalier fendant d’une oscillation de nageoires
les flots venteux.
De si haut, elle semble t’avaler,
la piste glacée qui s’étend sous tes yeux.





Et dans l’air tu t’enfonces,
nez rabattu,
paumes horizontales,
déploies tes maigres bras.
Devenu un missile,
métamophosé bombe.
La morsure du givré.
N'entends rien et ne vois rien.
Long, ce rêve éveillé d’où tu ne retomberas pas.






Dépassée l’onde du son !
Dans l’épaisseur de l’air, tu t’appuies.
Le vent tente de dévier
ton long corps maigre de palombe.
En flèche tendue, tu t’accroches.
L’air te porte comme te portait ta mère.
L’ange que tu es soudain.
Tu planes encore un micro instant.
Ton souffle est court,
tu risques de te fracasser.
Le choc sur tes lombes.
Elle semblait immense,
la piste aveuglante sur laquelle…
tombe.

lundi 28 décembre 2009

Ses jours sont comme l’herbe




L’humain ! Ses jours sont comme l’herbe, celle dont il nourrit son troupeau, celle où il va pieds nus, qu’il lui arrive de mettre dans l’eau bouillante quand il n’a plus rien à se mettre sous la dent, ou quand il reste dans sa grotte de méditant et que sa peau prend des reflets verdâtres. Dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il s’asseyait l’ignore. Juste 807 brins d’herbe encore un peu chiffonnés avant le prochain souffle d’air…

samedi 26 décembre 2009

Minute papillon !



Durant longtemps, j’ai pas vu, dans le sens habituellement donné au verbe voir. Ce que je voyais était suffisamment différent de ce que vous voyez, quand je dis vous les gens pas miros, suffisamment troublé pour que nous ne comprenions pas, puisque nous ne parlions pas des mêmes choses. J’étais dans le flou et croyais mordicus que c’était le vrai. Je me viandais, genoux en charpie, le sol était traitre et les ballons lancés inatteignables. Un jour, on a enfin regardé comment je voyais et j’en ai porté. Des grosses rondes en simili écailles. Maintenant, j’ai des petites lunes callées sur mon nez, pour apercevoir les étoiles dans le ciel. Et les feuilles dans les arbres. Le dessin de mes petites lunes a été inspiré par une vieille paire papillon, des années 50, un peu ébréchée, qui trainait au fond d’un tiroir. La ligne supérieure de l’armature est légèrement incurvée pour suivre la ligne du front. Elle descend en courbe vers le nez, laissant les deux verres s’épanouir dans une forme de pétale, un ovale évasé. En corne de buffle de Rajasthan, peut-être celle des cornes du démon Mahisa pourchassé et finalement tué par la déesse Mahisamardini, chevauchant son lion.
Donc, une matière matte et sèche au toucher. Une nuance camelle douce traversée de jaspe bigarrée légèrement plus marron. Des branches fines et élancées. La corne est une matière dure qui nécessite de longs bains d’huile pour se détendre, les lunettes doivent être précisément ajustées car la corne de buffle ne se détend pas. Mes lunettes s’adaptent à mon massif facial, voir s’y ajustent au millimètre près.
Un peu bas sur le nez, point d’appui, elles se prolongent horizontalement jusqu’aux oreilles, leurs fines branches s’appuyant sur les rochers, petites bosses d’os se trouvant au dessus des oreilles. Il paraît que mes pupilles sont centrées dans mon crâne. Mes lunettes, modèle unique qui s’appelle Camille, sont la fenetre d’éclaircissement qui me permettent d’accéder à votre monde net, où chaque feuille d’un arbre éloigné est impitoyablement dessinée.

jeudi 24 décembre 2009

Moins 40% sur tout.


Ce qui nous crève les yeux nous rend aveugle dit le graffiti. Attention couloir bus. Aude lèche la vitrine multi média portable internet, puis solde –20-30-40-50et puis celle d’après, petit modèle 1 acheté=1 offert qui est bien précisé entre parenthèse, sauf sur Qee Luna petit modèle. Aude ne connaît aucune Qee Luna, sûrement une créature galactique. Si elle s’achetait une robe ? elle passe devant le crédit mutuel étudiant et tombe sur un bout de papier collé sur un tuyau : massage chinois tel 08214984, destiné à vous relaxe...apaise les tensions…vie quotidienne…circulation nerveuse…ieds à la tête.Et si elle voyageait : Slovaquie, Suède, Tchéquie, Bosnie Ergotine ? Est ce que Qee petit modèle a visité un de ces pays ? Lignes régulières internationales mini pass, partir. Aude traverse la rue pour trouver une réponse, se retrouve dans la boutique des éditions Buissières symbolisme science divination-paranormal thème astral laser roue zone kleiner serum, toutes ces choses.
Fini de rêver –20-30-40-50 ça ouvre des horizons vestimentaires pour cette affiche colorée : l’élégance oblige samedi 28 juillet de 22H à l’aube. C’est quoi cette boutique de bouquins, non mais qu’est-ce qu’il y a comme bouquins dans cette rue : Marie-médiatriceduciel.Comment l’invoquer, le kamasutra pour le plaisir de la femme, Émile Coué auteur de la célèbre méthode de la maîtrise de soi-même en face de book on asia edition Kailash. Quelqu’un a collé une photocopie noire sur un mur place Saint Michel a été trouvé une chatte, bout des pattes blanc, renseignement 0143290418. Les paupières d’Aude se ferment, elle s’imagine maîtresse d’elle-même, apaisée par un massage chinois relaxant, habillée –20-30-40-50 de pieds en cap, la chatte dans les bras miraculeusement retrouvée après une intercession miraculeuse de Marie. Ce serait tellement chouette. A côté sa vie est nimbée de gris, mais celle de Qee petit modèle doit certainement ressembler à ça.

Au fil de la pluie.


Il pleut le ciel, Bergère. Les flaques miroir s’étalent sur le trottoir, le goudron sombre luit, carapace de scarabée, et toi, tu comptes, tu comptes…Milles gouttes floc floc, milles cercles d’eau froissée s’étirant jusqu’à l’effacement. Toi pas d’ici, guettant le ciel, à la terne grisaille assombrissant l’est, à la blanche lumière au nord, regardant ta tasse. Cent volutes de vapeur dansent au-dessus des petites sphères de la mousse du déca.
Hurlements de sirène.
Tu regardes vers le fleuve. À toute blinde, une camionnette bleue marine traverse le pont (celui là n’est pas d’Avignon), le pont où ça marche à grandes enjambées recta. Comme le petit bonhomme vert du feu du carrefour. (Ce pont-là, ne compte pas y danser, Bergère). A l’horizon, derrière le bazar de l’hôtel de ville, s’esquisse une petite tache bleue pâle. Comme elle est pâle. Et loin. Et translucide.
Comme elle est impalpable. Dans ta narine droite s’immisce une chaude odeur de gruyère fondu et d’œuf frit à la poêle. Comme ça pue bon. Un couple voisin se repaît de gros croque-madame, la fourchette du mec trifouille le bombé luisant du jaune de l’œuf au plat, le triture, le ravage, il devient plat déchiqueté. Trois gorgées âcres de déca tièdasse et Bergère guette le pont, on y court et referme son parapluie, on y stoppe au petit bonhomme rouge, on repart et traverse au petit bonheur la chance. La Seine, en contre bas .

Sur le pont, l’Open tour 18 trace à fond vers le sud. Sur la rive d’en face, un troupeaux d’étourneaux tourbillonnent au-dessus du Mémorial, vibrionnent dans le vent et s’effacent, chassés par un long vrombissement. Décibels hurlants d’avions de chasse. Passent et repassent au-dessus du fleuve, le mur du son, des BOUM à faire exploser les tympans, 7 fois. Bergère regarde les gens qui lèvent la tête main en visière. Tiens, les croqueurs voraces ont décampés. Leur petite table verte cerclée d’or reste nette et nettoyée, ainsi qu’une vague odeur grasse.

Elle remarque sur les bandes blanches deux japonaises qui s’avancent, les bras encombrés de hautes plantes vertes. Elle compte encore : vingt pin-pon, trois police nationale + deux pompiers de paris en brassard orange fluo. Courte apparition avec talkie walky, remontée dans véhicules, démarrage à la recherche de l’accident vers Saint Michel. Ici, peu à signaler, peut-être le dégradé beige de mousse du déca déposé à l’intérieur de la tasse blanche.

Pleut plus. Deux jeunes sirènes blondes s’assoient en terrasse, juste devant la vue de la bergère. Elles parlotent, fument tout en téléphonant. Bergère reste scotchée sur ce qui retient la longue masse de cheveux mousseux, une grosse pince tarabiscotée en plastique noir, toute en ondulations baroques. D’un noir luisant de flaques sur le bitume reflétant milles orages. -Hasta huego brame un garçon de café. Maintenant il n’y a même plus un mouton dans le ciel, l’air est limpide, uniforme, léger et Bergère se baisse pour ramasser l’addition.


Magne !

Ils se magnent, fille sur rollers téléphonant en glissant, barbu en costume sombre amarré un attaché-case, grande blonde à son flanc, deux arabes qui s’enfournent dans une ambulance de Blanc-Mesnil.
Ils se magnent, jeune asiate aux cheveux cuivrés, l’air désinvolte, qui ne marche pas droit. Indienne, veste blanche, boucles dorées, chignon serré la main agrippant celle de sa gamine sautillante. Deux échalas allongeant la même foulée nerveuse, même si celui à la casquette de gavroche avance en claudiquant.
Vite, vite, elles se magnent, la grande gigue minijupe marine bouffante et sac vert pomme, qui remonte le boul mich à contre-sens juchée sur des compensées rouge sang. Vite, la gitane dans sa longue jupe noire qui exhibe des journaux aux couvertures multicolores, les deux bonnes femmes frisées lestées de nombreux sacs en plastique ne lui jettent pas un regard.

Il lambine, l’ébouriffé qui se frotte la joue et détaille un à un chacun les mannequins vieillots d’une vitrine de prêt à porter masculin.

Elles se magnent, les familles qui découvrent le quartier latin. Les blonds, mère veste noire bordée de paillettes argent et pantalon large en tulle, père en veste et jean gris encadrant deux jeunes hommes, coiffés crête-de-coq, qui les dépassent de plus d’une tête. Famille de bruns, père et fille de grande taille ouvrant le chemin, regards conquérants, petite mère trottinant derrière à côté du fils, tous un parapluie fermé à la main, au cas où…Et une femme, la cinquantaine, fonçant touchant à sa mère, cheveux châtains identiques, même corpulence carrée, trois ados leurs collant au train. Vite, vite.
On ne déambule pas, on ne baguenaude pas, on ne s’attarde pas. On arpente, on tricote de grands pas, on se dépêche, comme la vieille qui voudrait toujours être dans le coup avec ses cheveux rouge vif et son jean vermillon moulant, comme le cadre émacié en costume fumé qui regarde avec inquiétude chaque endroit où il pose ses chaussures, comme le couple de jeunes blacks blousons et pantalons noirs dont les ombres découpées galopent sur un fond de murs gris. Vite, on se magne. Comme un groupe de mômes en rang à la queue leu leu qui accélère vers le Luxembourg. Comme une femme qui craint d’arriver en retard, alors qu’elle aimerait tellement s’arrêter là, maintenant. Pour qu’un garçon de café grisonnant la prenne aussi en photo, après avoir immortalisé un duo de japonaises pimpantes qui sourient en découvrant les gencives devant des jus d’orange.

Elle ne bougerait plus. Figée comme la roumaine agenouillée tête courbée devant un gobelet en carton, immobile comme la nymphe grassouillette de la fontaine, elle n’ébaucherait même pas un petit sourire. Il n’y aurait plus à se presser. Clic, une fois le bouton appuyé, derrière elle des traînées floues traces pastel des passants passés.

Une fois la photo prise, elle plierait subrepticement un genou, lèverait sa cuisse droite, déploierait lentement son mollet. Léger comme une aile de libellule, son talon effleurerait le trottoir. Toute sa plante de pied s’étendrait sur le bitume, en un appui massif. Un pas s’amorcerait qui emporterait sa chair verticale. Et ce serait bien de marcher.

mercredi 23 décembre 2009

Tout le monde VS moi seule.Episode 2.



Tout le monde s’en va vivre le menton conquérant, à grands pas en enlaçant sa chose et en pactisant avec le confort, sortant ses dollars sur les avenues parisiennes clignotants de débauches électriques, alors que, moi, si jamais ce moi a une quelconque existence, une quelconque matérialité, une quelconque sueur, dans ce cas, où j’arriverai à saisir, saisir sans hésiter mon moi fort dans mes bras, ce moi si seul et si pouilleux, et ce moi qui peine à se définir, à s’agglomérer, à s’incarner sans s’effriter, poser ses semelles de vent sur ces routes qui n’en finissent pas de bruler. Ces routes que tout le monde évite. Ces sentiers de cendre. A chaque pas.

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mardi 22 décembre 2009

Consumation



J’émerge d’un cauchemar silencieux où je ne pouvais regarder le temple.
En plus, je me suis trompée de collyre, et sous les paupières closes, les orbites restent dilatées. C’est pas avec des mouches qu’on attrape le vinaigre. Enrobée de mystères, je n’entends pas une mouche voler. Mais attention, pour finir la salade, il faut aussi moutarde et vinaigre italien. C’est pas en rajoutant du feu sur l’huile que j’éteindrai les embrasements du plexus.
Tout s’étire et se mélange, c’est le moment où il faut émulsionner : fourchette, cuillère et bon jeu de poignet. C’est le cortex qui explose, se ramasse, se dilate au sommet de mon crâne.
C’est le coeur qui chahute, frémit, crame et palpite. Le mélange prend, rajoute de l’huile, enlève le ver de la feuille. Le mélange s’ambre, c’est l’olive la meilleure, encore et encore.
J’ai trop de malheurs, c’est les petites têtes d’ail que j’ai oubliées.
On boira du Château Margaux. Avec ça, on évitera les pains de plastic et la dynamite. La première feuille de salade est broyée par les molaires. C’est le plexus qui s’embrase, qui se déchire avec l’accumulation de jours zombis.
C’est mon cœur qui crame dans des nuits étroites, s’allume dans la forêt fourchue et fond dans la cendre de nos rêves, là où on se demande comment dériver plus loin….

lundi 21 décembre 2009

Guns of Brixton sung fiercely but without rage.


An angular silhouette in black leather, Simonon moves to the centre of the stage. He passes his bass to Joe Strummer, takes the guitar with a vague smile, anchors himself behind the mic. The drums beat with a blacksmith’s mechanical regularity, a choir of angels in the background. Simonon takes a deep breath as he rolls back his shoulders, lifts his head, a white-hard voice, steel underneath the clipped articulation. The sharp-flatness of his voice cuts the syllables into thin slices. The voice lacerates the notes, again and again. The jawbone tendons stretch to the limit. Through the smoke, his outline casts angular grey shadows into the audience. The pale skin creases under his hair. The long neck bends to a 30 degree angle to the torso. The disjointed jaw hangs down. The nose overhangs the now terribly twisted mouth. The tendons on the neck jut out. The black eyebrows furrow. The upper lip projects further out. The icon’s voice lets out “When they…” and the song continues by itself – “Shot down on the pavement” – an unshakeable balance, perfect. Guns of Brixton sung fiercely but without rage. I suddenly feel the urge to go to Brixton; surely another hole in the world, like the one I’ve just left…